En s’approchant

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Janick Poncin a longtemps regardé le monde à la loupe. Son pinceau patient se  dédiait aux insectes – carapaces mordorées, élytres translucides -, aux fleurs et aux fruitsgrains de peaux et gouttes d’eau.

Un jour, elle a cessé de faire le point : comme sur un verre dépoli, sont apparues des touches myopes, aux contours flous. On y devinait encore des feuilles, des herbes ou des reflets. Mais dans le velouté poudreux de ses pastels, les lignes peu à peu s’estompaient.

Janick Poncin s’est approchée encore, si près que la touche a envahi tout le champ de vision, devenant forme indéchiffrable. Est restée la couleur, émerveillement du monde. C’est l’heure des indigos placides ou infinis, parfois parcourus de striures rouges. C’est l’heure abstraite des surfaces innommées.

De cet abstrait, de cet informe, comme d’un chaos primordial, tout un cosmos s’est dégagé, progressivement : nébuleuses, voies lactées, constellations – mondes lointains surgis d’une vision inspirée.

Ce parcours rêveur peut se poursuivre sur terre : les franges de galaxies redeviennent des rivages, ou dessinent des nuages dans des ciels familiers.

Infatigable voyageuse de l’invisible, Janick Poncin a relié l’infiniment petit à l’infiniment grand. Où nous entraînera-t-elle encore ?

Jeanne Puchol
Mai 2014